188 700 euros. C’est la frontière sèche que la micro-entreprise impose aux restaurateurs, bien loin de la réalité des ambitions du secteur. Ici, aucune place pour la déduction des charges réelles : la simplicité se paie cash. L’entreprise individuelle, elle, met l’exploitant face à un risque personnel maximal, son patrimoine en première ligne, et l’option EIRL n’est plus sur la table depuis 2022. Élever son projet au rang de société ? Cela protège, mais avec son lot d’exigences : comptabilité encadrée, fiscalité plus lourde, obligations renforcées.
Pour la restauration, la TVA surgit dès le premier euro encaissé, à moins de s’accrocher à la franchise en base, une option rarement retenue dans la profession. Chaque statut change la donne, du montant des charges à la façon de piloter la trésorerie. Ces choix structurent la rentabilité et le quotidien de l’établissement.
Comprendre les enjeux du choix du statut pour ouvrir un restaurant
Derrière les fourneaux, le statut juridique pèse autant qu’une carte bien pensée. Ce cadre façonne la sécurité du dirigeant, la capacité à attirer des associés, ou la possibilité de convaincre une banque. L’entreprise individuelle (EI), prisée pour sa simplicité, correspond aux petites structures ou aux projets en solo – mais elle expose pleinement le patrimoine personnel. Bâtir une SARL (dès deux associés) ou une SAS (pour s’ouvrir à l’évolution) limite cette exposition. Les banques, elles, préfèrent souvent prêter à une société, plus rassurante sur le plan financier.
- La SARL s’adresse à ceux qui visent une aventure à plusieurs ou en famille, avec l’obligation de rédiger des statuts et de s’associer à deux au minimum.
- La SAS, elle, séduit par sa souplesse : fonctionnement adaptable, facilité d’intégrer de nouveaux partenaires, idéale pour les concepts appelés à changer ou à grandir.
Le choix du statut, c’est surtout la question du patrimoine : aujourd’hui, seules les sociétés (SARL, SAS, EURL, SASU) permettent d’isoler le risque financier. L’époque de l’EIRL est révolue ; il faut anticiper dès la phase de business plan. Le statut influe aussi sur la protection sociale : selon la forme juridique, le dirigeant peut relever d’un régime d’indépendant ou d’un régime assimilé salarié, avec des conséquences concrètes sur les cotisations et la couverture en cas de coup dur.
Panorama des principaux statuts juridiques adaptés à la restauration
Pour se lancer dans la restauration, plusieurs statuts sont envisageables, chacun avec ses logiques propres. L’entreprise individuelle (EI) reste la formule la plus simple : pas de capital social imposé, pas de statuts à rédiger, mais une responsabilité sans limite sur les biens personnels. La micro-entreprise reprend ces atouts, tout en proposant un régime social et fiscal allégé : franchise en base de TVA, démarches simplifiées, à condition de ne pas franchir les 188 700 euros de chiffre d’affaires. Dès que l’activité décolle, ce statut montre vite ses limites.
Les restaurateurs qui souhaitent sécuriser leur patrimoine optent souvent pour la SARL (société à responsabilité limitée) ou l’EURL (sa version unipersonnelle). Ici, la responsabilité est bornée aux apports, ce qui rassure autant les partenaires financiers que les proches. Les règles sont plus strictes : statuts à rédiger, comptes à tenir, mais la crédibilité s’en trouve renforcée, notamment pour convaincre une banque.
La SAS et la SASU (version à associé unique) s’imposent de plus en plus, surtout chez ceux qui veulent garder toutes les portes ouvertes pour l’avenir. Ces formes permettent une grande flexibilité, tant dans la gestion que dans l’intégration de nouveaux associés. La responsabilité reste limitée aux apports, et l’organisation peut évoluer au fil du temps, ce qui colle bien à la réalité mouvante de la restauration.
Quels critères privilégier pour sélectionner la structure la plus pertinente ?
Le choix du statut juridique d’un restaurant ne relève pas d’un simple détail administratif. Plusieurs paramètres pèsent lourd dans la balance. D’abord, la protection du patrimoine personnel. En entreprise individuelle, le risque est total ; les sociétés (SARL, SAS, EURL, SASU) protègent l’exploitant en limitant la casse aux apports. Ce point devient décisif dès qu’on envisage d’investir ou de s’associer.
Le nombre de personnes impliquées dans le projet oriente aussi le choix. Seul, on se tourne naturellement vers l’EI, la micro-entreprise ou l’EURL. Dès que l’aventure se vit à plusieurs, la SARL s’impose, tandis que la SAS attire ceux qui cherchent une gestion évolutive et la possibilité d’intégrer de nouveaux partenaires sans contraintes excessives.
Le capital social n’est pas qu’une formalité. Certaines banques conditionnent leur soutien à la solidité financière affichée par la société. Disposer d’un capital crédible, c’est aussi démontrer la robustesse du projet et rassurer tous les partenaires impliqués.
Enfin, tout dépend de l’ambition : un projet appelé à grandir, se diversifier ou accueillir de nouveaux associés trouvera naturellement sa place sous forme de société. Le statut juridique façonne alors la gouvernance, la fiscalité, la protection sociale du dirigeant et la capacité à évoluer au gré du marché.
Comparatif fiscal et social : ce que chaque statut implique concrètement
Le choix du statut ne se limite pas à la protection du patrimoine ou à la souplesse de gestion : il façonne la fiscalité et la couverture sociale, deux enjeux majeurs pour la rentabilité du restaurant et le confort du dirigeant.
- Entreprise individuelle (EI) et micro-entreprise : ces formes relèvent de l’impôt sur le revenu (IR) et du régime des travailleurs non-salariés (TNS). Les cotisations sociales, calculées sur le chiffre d’affaires, restent modérées, mais la protection sociale demeure limitée. La micro-entreprise, avec son plafond de 188 700 €, s’accompagne d’une gestion très allégée et de la franchise en base de TVA, mais bloque toute déduction des charges réelles.
- EURL et SARL : ces sociétés laissent le choix du régime fiscal (IR ou IS). Le gérant majoritaire reste TNS : charges sociales plus basses, mais couverture sociale réduite. Le gérant minoritaire ou égalitaire, comme dans une SAS, bénéficie du régime assimilé salarié, avec une meilleure couverture sociale, mais un coût nettement supérieur en cotisations.
- SAS et SASU : ici, le président est assimilé salarié et dépend du régime général. L’imposition par défaut se fait à l’IS, sauf option temporaire pour l’IR. Ces formes séduisent pour leur flexibilité, mais les charges sociales sont élevées, indépendantes de la rémunération réelle.
Choisir l’impôt sur le revenu signifie que les bénéfices sont taxés au nom du dirigeant. Opter pour l’impôt sur les sociétés, c’est la société elle-même qui paie l’impôt, laissant la possibilité d’optimiser la rémunération et la distribution des dividendes. Le régime social, lui, détermine le niveau de protection du chef d’entreprise et le coût réel des cotisations. L’équation n’est jamais neutre : chaque option a ses conséquences, et le choix structure l’avenir du restaurant autant que sa carte.


