Coût du projet ITER : découvrez les chiffres clés du programme de fusion nucléaire

22 milliards d’euros. Ce chiffre, bien loin du montant initial de 5 milliards annoncé en 2006, donne le ton : le projet ITER avance avec la démesure pour étendard. Derrière ces milliards, se cachent des défis techniques qui n’avaient pas été anticipés et une succession de retards qui, année après année, ont fait grimper la facture.

La dynamique financière du programme repose sur un équilibre international : sept partenaires majeurs, dont l’Union européenne qui engage près de la moitié des fonds. Depuis 2010, les travaux s’enchaînent à Cadarache, avec l’objectif d’atteindre les premiers essais de plasma, désormais repoussés à 2025. En parallèle, il faut chaque année mobiliser environ 300 millions d’euros pour maintenir la machine en mouvement.

ITER : comprendre les ambitions d’un projet scientifique hors norme

ITER n’est pas un laboratoire comme les autres. Sur le site de Cadarache, la science se vit à l’échelle planétaire : 35 nations, main dans la main, tentent de donner corps au rêve de la fusion nucléaire. La mission est limpide, prouver que la fusion fonctionnera, pas seulement dans les équations, mais dans le réel, avec un tokamak capable de contenir un plasma brûlant à plus de 150 millions de degrés Celsius. L’enjeu ? Démontrer qu’une énergie propre, presque sans fin, peut enfin sortir des laboratoires.

L’équilibre diplomatique est aussi délicat que la technologie. ITER Organization orchestre la partition : chaque membre, Union européenne, Chine, Inde, Japon, États-Unis, Russie, Corée du Sud, France, s’engage à fournir des composants stratégiques. Le Conseil ITER veille au grain, tranche les débats et valide les orientations majeures. Depuis 2022, Pietro Barabaschi a pris la suite de Bernard Bigot à la direction générale, dans un contexte de transition marqué par la disparition de son prédécesseur.

Ce chantier hors du commun mobilise quotidiennement plus de mille spécialistes, avec des pics à 5 000 personnes lors des périodes les plus intenses. La Suisse, passée par Euratom et Fusion for Energy, a renforcé les équipes ; elle doit retrouver son statut de partenaire complet en 2026. À Saint-Paul-lez-Durance, l’ampleur du site, 42 hectares, mesure l’ambition collective. Chaque composant, du cryostat aux aimants géants, témoigne d’un défi scientifique qui tutoie la limite de l’impossible.

Derrière cette aventure se dessine la promesse d’une énergie sans CO₂ ni déchets toxiques. Mais la route oblige à dépasser des obstacles techniques, financiers et politiques d’une rare complexité.

Quels sont les chiffres clés et le coût réel du programme ITER ?

Quel est le véritable prix de cette aventure ? Les estimations varient : les partenaires évoquent un total compris entre 20 et 40 milliards d’euros. Rien qu’en 2022, le programme a encaissé un nouveau surcoût de 5 milliards, conséquence des retards et de complications industrielles, des défauts de fabrication jusqu’aux répercussions de la pandémie. La difficulté d’évaluer le coût global vient du mode de fonctionnement du consortium : chaque pays livre des équipements ou des infrastructures, parfois sous forme de contributions en nature, ce qui brouille les repères habituels de comptabilité.

Sur le terrain, plus de 1 000 personnes s’activent en permanence à Saint-Paul-lez-Durance, avec des pics qui ont franchi la barre des 5 000 durant les phases critiques. Côté calendrier, la mise en service du premier plasma, synonyme de véritables réactions de fusion, est désormais attendue pour 2033 ou 2034. L’étape de pleine puissance magnétique pourrait être atteinte en 2036.

Voici les principaux chiffres à retenir pour saisir l’ampleur de l’engagement :

  • Coût total estimé : entre 20 et 40 milliards d’euros
  • Surcoût enregistré en 2022 : 5 milliards d’euros supplémentaires
  • Retard cumulé : 8 à 9 ans selon les phases
  • Premiers tests de plasma : espérés entre 2033 et 2034
  • Passage à la pleine puissance : objectif 2036

La répartition du financement traduit le caractère mondial du projet. L’Union européenne en porte la plus grande part, suivie par les États-Unis, le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, la Russie et la Suisse. Le Conseil ITER veille à la cohérence de cette gestion, qui s’étend sur plusieurs décennies et place le programme au rang des plus grands investissements scientifiques jamais réalisés.

Défis techniques et avancées majeures du réacteur de fusion nucléaire

Au centre du dispositif, le tokamak trône comme une prouesse d’ingénierie. Sa mission : confiner un plasma à plus de 150 millions de degrés, température à laquelle les noyaux de deutérium et de tritium fusionnent, libérant une énorme quantité d’énergie, des neutrons et de l’hélium. Pour que cette réaction devienne exploitable industriellement, il faut non seulement l’atteindre, mais la maintenir assez longtemps dans un volume suffisant.

À chaque étape, les défis s’additionnent. Les aimants supraconducteurs, vingt fois plus puissants que ceux du LHC, génèrent un champ magnétique colossal pour piéger le plasma. La chambre à vide, bâtie pour résister à des pressions et des températures extrêmes, doit rester parfaitement étanche. Le cryostat, plus grand composant en acier inox jamais construit, isole certains systèmes à -269 °C. Chaque ensemble impose ses propres contraintes, de la résistance aux radiations à la stabilité mécanique.

ITER vise plus haut que tous ses prédécesseurs. Le JET avait déjà impressionné avec 16 MW de production de fusion pendant une seconde, même s’il n’a pas enregistré de gain énergétique (Q=0,67). ITER veut franchir ce cap : produire 500 MW à partir de 50 MW injectés (Q≥10), et maintenir le plasma pendant au moins quinze minutes.

Pour y parvenir, il faudra maîtriser le chauffage externe du plasma, piloter la couverture interne capable d’absorber le flux de neutrons, et gérer le divertor pour évacuer les impuretés. Un ensemble de défis de taille, qui conditionnent l’avenir énergétique du XXIe siècle.

Jeune femme présente des graphiques de fusion dans une salle lumineuse

Vers une énergie propre : quel avenir pour la fusion et l’impact d’ITER ?

La fusion nucléaire porte une promesse rare : une source d’énergie presque inépuisable, sans émissions et sans déchets durables. ITER veut le prouver, en ouvrant la voie à la production industrielle d’électricité. Son successeur, DEMO, doit déjà préparer la prochaine étape : produire du courant de façon continue, sur des cycles comparables à ceux d’une centrale classique.

ITER ne cherche pas à rivaliser avec les énergies renouvelables, mais à les compléter. L’électricité de fusion contribuerait à stabiliser le réseau, en relais face à l’intermittence du solaire ou de l’éolien. Le remplacement des énergies fossiles reste l’objectif affiché, même si des obstacles scientifiques et industriels restent à franchir. Le G7, lors de son dernier sommet, a réaffirmé l’importance de la coopération internationale pour faire avancer la fusion.

Tout autour d’ITER, le paysage s’enrichit : des start-ups explorent des concepts alternatifs, des laboratoires universitaires testent de nouvelles approches, et la filière académique, CEA, Euratom, Fusion for Energy, continue de former les talents de demain. ITER ne résoudra pas, à lui seul, l’équation du climat, mais il trace une nouvelle trajectoire : celle d’une énergie propre et abondante à l’horizon des décennies futures.

Le pari de la fusion n’a rien d’une chimère : il s’écrit, chaque jour, sur le béton de Cadarache et dans l’audace collective. Reste à voir si l’humanité saura transformer ce rêve de laboratoire en lumière sur le réseau mondial.

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